Grandeur et misère du chauffage électrique intégré

« Ne convient qu’aux espaces bien isolés ou pour des usages occasionnels ».
Cette mention lapidaire s’appliquera aux convecteurs mobiles et autres chaufferettes portatives, à horizon 2018. Ainsi en ont décidé les instances de Bruxelles, sous la pression du lobby électronucléaire : au nez et à la barbe des récentes discussions sur la transition énergétique en France, aucune obligation d’affichage ne s’imposera aux radiateurs muraux et autres installations fixes de chauffage électrique, au contraire de la généralisation des étiquettes énergétiques aux équipements électroménagers. Dès lors, comment les consommateurs distingueront-ils les grille-pain budgetivores des évolutions les plus performantes en terme de chauffage électrique ?

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Car, pour être économiquement viable et démontrer sa pertinence, le chauffage à l’électricité ne s’intègre favorablement qu’à des logements eux-mêmes économes en énergie. C’est ce que recouvrait la notion de « chauffage électrique intégré » dès son lancement, il y a quarante ans exactement, sous l’inspiration directe de la pratique scandinave. Pour bien comprendre, Quelle énergie vous propose cette semaine un retour archéologique dans les arcanes de la fée électricité, afin de saisir un peu les liens dénoués entre l’isolation et le chauffage électrique, ou se replonger dans l’histoire erratique de ce vieux couple fatigué.

Chasser le Gaspi

Le « chauffage électrique intégré » est une invention d’Electricité de France pour développer un segment à fort potentiel de croissance, le chauffage des particuliers. Le terme, lancé en 1972, est contemporain du virage commercial de la compagnie d’électricité qui convertira au passage ses usagers en « clients »*. Vite rattrapé par la première crise pétrolière, le chauffage électrique devient l’un des leviers majeurs de l’action publique pour échapper à la dépendance énergétique du Moyen-Orient, tout en « chassant le gaspi ».

La profession de foi du tout nouveau Ministre de l’industrie, en 1974**, est limpide sur ce point. La voici dans son intégralité :
« Dans la situation actuelle, le recours au chauffage électrique sans isolation particulière constitue un gaspillage d’énergie qui doit être formellement proscrit. Le rendement modeste de conversion des combustibles en électricité conduit, en effet, à une consommation de combustibles sensiblement plus forte par consommation de l’électricité que celle que l’on obtiendrait par recours aux chauffages traditionnels utilisant directement des combustibles. Soucieuse d’éviter un tel gaspillage, E.D.F. a promu, bien avant la récente crise d’énergie, le système de chauffage électrique intégré qui associe indissolublement à cette installation une régulation et une isolation poussée et strictement contrôlée. Dès lors, la consommation d’énergie finale, et donc de combustible, se trouve fortement réduite, et, à confort égal, peut soutenir la comparaison avec la consommation des chauffages traditionnels collectifs dans les immeubles construits suivant les normes usuelles jusqu’à ce jour, et en fait, très mal isolés. Quel que soit le mode utilisé, la réalisation d’économie d’énergie pour le chauffage est très importante, car cette utilisation représente plus du tiers de nos besoins totaux. »

Et le Ministre de conclure : « La recherche systématique d’une meilleure isolation s’impose en tout état de cause. En outre, le recours au procédé dit de la  » pompe à chaleur  » fait l’objet d’études activement poussées, tant par E.D.F. que par des groupes industriels. »

Quarante ans de laxisme

Ce principe d’économie sera rapidement dévoyé avec l’installation massive de chauffage électrique dans les logements collectifs, sans plus d’isolation particulière. Le déploiement est un tel succès qu’il met à genou l’appareil de production d’électricité dès 1977. La suite est entrée dans l’histoire, ce qui nous permet de faire un saut rapide vers la situation actuelle.

En quarante ans, la consommation électrique globale du secteur résidentiel et tertiaire est passée de 33 à 68% du total***, démontrant tout l’inverse d’une modération (voir graphique). Par la grâce du contrechoc pétrolier et des réglementations thermiques laxistes successives, les installations de chauffage électrique ont continué à se déployer sans discontinuer depuis les années 1980. Leur apogée historique a probablement été atteinte dans la période 2006-2008, avec plus de 70% d’équipement « tout électrique » dans les logements neufs, avant de refluer à 40% en 2011. Au grand bénéfice du gaz qui représente dorénavant plus de 60% des installations de chauffage dans le neuf. Rétrospectivement, l’injonction de l’Etat à EDF pour le respect de son engagement à ne pas dépasser 35% d’équipement des constructions neuves, lors de la première crise de 1977, semble bien éloignée.

Des pics de consommation insoutenables

Le chauffage électrique à lui seul représente aujourd’hui plus de 12% de la consommation annuelle totale d’électricité en France et 27% de la consommation électrique du secteur résidentiel, mais cet usage est évidemment centré sur la saison hivernale. Voici deux ans tout juste, la vague de froid de février 2012 inscrivait ainsi un nouveau record à la pointe de consommation électrique annuelle en France (diagramme ci-contre). Car cette « sensibilité thermique » hivernale, unique en Europe, est devenue une signature de l’incurie française à lisser les
pics de demande, tant à l’échelle annuelle que quotidienne, ce qui déstructure l’ensemble de l’échiquier européen.

En période de chauffe, pour chaque degré de température sous 15°C, 2.400 mégawatts (MW) de puissance électrique supplémentaires sont désormais requis, soit plus d’une tranche nucléaire de 1.600 MW (de type EPR) par degré. L’impact des chaufferettes et autres chauffages électriques d’appoint, très énergivores, accentue à lui seul le pic de l’ordre de 5 GW, soit l’équivalent de trois tranches nucléaires (il s’en vend encore plus d’un million d’exemplaires chaque année en France). D’année en année, depuis 1981, l’augmentation moyenne de ce besoin de puissance hivernal équivaut à l’ajout d’une tranche de 1.600 W chaque nouvelle année, selon une dérive devenue insoutenable.

La loi du marché

La conséquence de cet état de fait, parmi d’autres facteurs déterminants, est que le ciel s’assombrit à l’horizon des utilisateurs de chauffage électrique. La sanction va probablement tomber de diverses façons. Un rapport du Sénat**** prévoit ainsi une augmentation du coût de l’électricité de l’ordre de 50% d’ici 2020. Après deux hausses consécutives de 5%, en juillet 2013 et juillet 2014, le gouvernement se veut rassurant pour les années suivantes. Car le « chauffage électrique intégré » concerne aujourd’hui 9,5 millions de foyers en France, soit 34% des résidences principales, contre 5% seulement en Allemagne, à titre de comparaison.

Une clientèle « libre de choisir son fournisseur » depuis quarante ans. La délicate question de la montée de la précarité énergétique pourrait bien compliquer la politique énergétique en construction. Cette transition énergétique fera difficilement l’économie d’une rupture sociétale.

La réglementation thermique actuelle (RT 2012) signe la fin d’une époque. Sa mise en place marque un coup d’arrêt à cette trop longue parenthèse de déploiement massif à moindre investissement, dans le neuf pour le moins. Le passage nécessaire à des solutions plus efficaces et des usages plus rationnels est d’ailleurs amorcé avec la réémergence du chauffage thermodynamique, le développement de radiateurs évolués et d’une meilleure régulation du chauffage domestique. Mais surtout, l’impératif d’améliorer l’isolation thermique des logements semble enfin s’inscrire dans les esprits. A en croire Descartes,  » le bon sens est la chose du monde la mieux partagée  » !

Sources
* Éric Pautard, Vers la sobriété électrique – Politiques de maîtrise des consommations et pratiques domestiques, Thèse de sociologie, Université Toulouse II-Le Mirail, 2009.
** Réponse de Michel d’Ornano, Ministre de l’industrie et de la recherche, à l’Assemblée Nationale, 14 novembre 1974.
*** Base de données Pégase, Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie.
**** Commission d’enquête sur le coût réel de l’électricité afin d’en déterminer l’imputation aux différents agents économiques, Sénat, juillet 2012.
Autres Sources : ADEME, Le Moniteur, Que Choisir, RTE.

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Vos réactions

05 Fév

Les indications sur la consommation énergétique de chaque convecteur électrique sont parfaitement inutiles. Tout le monde sait maintenant vers quel type d’équipements il faut se tourner aujourd’hui et lesquels faut-il éviter ; à savoir notamment les sempiternels radiateurs ancestraux que l’on qualifiait souvent de grilles-pain. Il faut privilégier les radiateurs bain d’huile ou céramique.

Chauffage (Alès)
14 Mar

@Chauffage (Alès) : Ces données servent le propos général de l’article sur le chauffage électrique. Elles permettent d’avoir tous les éléments pour bien comprendre.

Mathilde Chevallier
19 Juin

Cette violence verbale laisse paraître une émotion mal contenue. L’irrationnel n’est pas loin. Cette instruction à charge est partiale et omet tous les points positifs de l’électricité nucléaire. Modération des importations fossiles, 50% de CO2 en moins par rapport à l’Allemagne (et financière !). Compétitivité sans altérer le climat. Diminution des particules fioul. La RT2012 rédigée par GDF intègre insuffisamment le critère des gaz à effet de serre comme l’exige le Grenelle. Sur le fond le conseil d’état l’a reconnu. La balle est dans le camp politique. Cela a dramatiquement remis en selle le gaz importé. Finançant de façon croissante à l’avenir les dictatures arabes et russes (la Norvège en tête décroit). Et dopant encore notre dette abyssale. Outre l’isolation, les renouvelables chaleur n’ont que de maigres subventions : elles sont préemptées par les peu utiles renouvelables électrogènes qui ne peuvent être stockées et exigeront 70% de fossiles. Ce CO2 ne pourra être capté vu la complexité et les coûts durablement rédhibitoires. Il faut au contraire augmenter la production nucléaire pour diminuer les fossiles. Et notamment hybrider les chaudières fossiles à l’électricité pour consolider l’approvisionnement et contenir les pics. Les prix augmenteront peu grâce au nucléaire. N’oublions pas la future taxe carbone et surtout l’opaque CSPE sur l’électricité qui atteindra 7 milliards par an principalement à cause du PV et de l’éolien dont l’empreinte matière est 6 fois plus dramatique que celle du nucléaire. Mais ne touche pas le gaz.

Nikopol
19 Juin

@Nikopol : en effet l’électricité nucléaire n’implique pas d’importation d’énergie fossile mais nous ne sommes pas indépendants pour autant puisque l’uranium est importé du Niger, d’Australie ou encore du Kazakhstan ! En effet, le nucléaire n’émet pas d’émission de GES, mais est-ce une solution durable ? Nous le saurons dans quelques dizaines d’années lorsque les déchets radioactifs enterrés remonteront à la surface. Pourrons-nous encore dire que l’électricité nucléaire est une énergie propre qu’il faut privilégier ? Quant aux prix, ils finiront par augmenter pour suivre la tendance européenne. Et comme on le voit pour l’EPR de Flamanville, les chantiers en retard coûtent beaucoup et les répercussions financières risquent à terme de peser sur la facture des particuliers.

Quant aux énergies renouvelables, elles ne sont pas encore adaptées pour couvrir nos besoins en énergie à un prix raisonnable. Il faut tout de même noter qu’il existe aujourd’hui des systèmes efficaces fonctionnant en partie à l’électricité et en partie au renouvelable. Les pompes à chaleur par exemple sont des systèmes hybrides qui utilisent une partie d’énergie renouvelable (air, eau ou sol) et une faible portion d’électricité en appoint. C’est ce genre de solutions qui semble avoir un bel avenir et qui pourrait nous faire diminuer notre consommation électrique sans pour autant augmenter nos émissions de CO2.

Juliette Guery



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