Personne tenant deux micros

19°C, une température de chauffe difficile à respecter !

Par L’équipe de rédaction

Le 3 mars 2014

Casser le thermomètre pour faire tomber la fièvre ? Au défi de la réglementation qui en prescrit 19, les incivils en pays de cocagne s’acharnent à chauffer leurs logements à plus de 20°C, invalidant un peu plus les objectifs de modération liés au Grenelle de l’environnement, à savoir une réduction de 38% de la consommation énergétique des bâtiments d’ici 2020. Car l’évolution des modes de vie s’oppose aux nouveaux impératifs de la rationalité environnementale.

 

Quelle Energie vous propose une petite incursion sur les pistes du confort thermique, à quelques degrés du bien-être, pour saisir l’aspect sociétal du phénomène.

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Le grand chantier de la rénovation

Le secteur résidentiel est le second poste de consommation énergétique du pays, après les transports, avec un petit quart de la consommation globale d’énergie (23%, voir camembert ci-dessous) et un peu plus des deux tiers (68%) de l’électricité consommée. Mais il s’agit aussi du principal gisement d’économies, étant donné la prépondérance du chauffage (70%) dans la consommation énergétique des ménages. Or les tours de vis successifs de la réglementation thermique ont largement exonéré, jusque-là, l’essentiel du parc résidentiel déjà bâti, pour se focaliser sur les constructions neuves qui ne représentent qu’1% de remplacement annuel du parc.

 

consommation d'énergie par secteur

 

Pour se mettre en ligne avec l’objectif du plan Bâtiment durable le gouvernement se retrouve maintenant confronté à cet Himalaya de la transition énergétique, la consommation des 28 millions de résidences principales existantes. La Ministre du logement, Cécile Duflot, réfléchit ainsi à l’extension aux particuliers d’obligations contraignantes pour la rénovation thermique des bâtiments existants, ce qui ne se fera pas sans difficultés. « Nous devons tracer une voie nouvelle, celle d’aller vers une obligation de travaux […] en prenant en compte les attentes de la filière et sans brusquer les habitants des logements » a-t-elle ainsi déclaré lors des récentes rencontres Effinergie.

 

L’essentiel est devant nous, mentionnait déjà l’Agence internationale de l’énergie (AIE) fin 2012 : « l’efficacité énergétique est un échec majeur des politiques publiques dans tous les pays. […] Le potentiel pourtant est immense, notamment dans la construction et la rénovation de bâtiments, où 80 % des sources d’économies possibles restent à faire. » Reste à valoriser le gisement. Car l’impératif d’économies s’inscrit très laborieusement au secteur résidentiel. Alors que les gestionnaires d’immeubles collectifs ont nettement réduit les consommations d’énergie en 20 ans, les particuliers, pour leur part, seraient réfractaires à la rationalité économique. Celle prescrite par les pouvoirs publics, en tous cas.

Résistance thermique ?

L’ADEME relevait ainsi, en 2008, que la température moyenne des logements était passée de 19°C à 21°C entre 1986 et 2003*. On admet généralement que chaque degré en plus représente une surconsommation de l’ordre de 7% (des évaluations pratiques indiqueraient plutôt 10 à 15%, selon l’âge du bâtiment). Une enquête plus fine du CREDOC**, corroborée par nos chiffres les plus récents*** (diagramme ci-dessous), montrait de même, en 2010, que la majorité des particuliers persistait à chauffer à 20°C ou plus, quels que soient leur sensibilité écologique, leur type de chauffage ou la nature de l’énergie employée.

 

Pis, l’enquête indiquait que dans les constructions récentes, la température de chauffage s’élevait encore d’un degré pour atteindre en moyenne 21°C, illustrant l’effet rebond du saut en efficacité énergétique induit par le renforcement de la réglementation thermique : « la facilité plus grande à maintenir à un niveau élevé la température des pièces du logement, du fait d’une isolation et d’une ventilation plus performantes, pousse les usagers à accroître leur niveau de confort. »

 

Le mot est lâché. La consigne tacite à 20-21°C, correspondante aux usages, qui semble durablement s’opposer à la prescription réglementaire, est donc principalement motivée par l’optimum de confort recherché dans les foyers.

 

Autrement dit, la température réglementaire de 19°C ne coïncide pas avec la plage de confort souhaitée et mise en oeuvre par la majorité de la population. Une plage sur laquelle elle ne semble pas prête à transiger, quel qu’en soit le coût. Car l’évolution annoncée semble également s’opposer à l’objectif de maîtrise de l’énergie : « La progression de la température idéale de chauffage observée dans les habitations récentes peut laisser penser qu’avec les nouvelles normes d’efficacité énergétique qui sont en gestation, et qui s’appliqueront en 2012, les Français rattraperont le standard de confort à 22°C des pays les plus développés. »

 

La qualité d’ambiance d’un logement dépend largement des températures de surface des parois, en plus de la seule température de l’air. Ce qui est spécialement déterminant dans la majorité des logements existants, encore peu ou mal isolés. On parle à ce titre de  » température opérative « , qui est la moyenne des deux et celle à prendre en compte pour la consigne réglementaire de 19°C. Sur ce plan, rien ne vaut les logements très bien isolés aux températures homogènes et stables :  » 23°C toute l’année sans chauffage ni climatisation  » clame ce fabriquant de maison passive. Ce qui pose la vraie question : comment économiser l’énergie sans renoncer au confort ? Plus commode à Nice !

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* « Economies d’énergie. Faisons vite, ça chauffe ! » Dossier de presse ADEME/Grenelle de l’environnement, 2008.
** « La température du logement ne dépend pas de la sensibilité écologique » Enquête du CREDOC réalisée en 2009 auprès de 2075 foyers représentatifs de France métropolitaine.
*** 131 000 simulations chauffage renseignées en 2013 sur le site Quelleenergie.fr

L’équipe de rédaction

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