Les économies d’énergie en France et en Allemagne

Les économies d'énergie en France et en AllemagneSuite à la catastrophe de Fukushima, Angela Merkel a annoncé en mai 2011 que l’Allemagne sortirait du nucléaire d’ici 2022. Le pays a donc 11 ans pour fermer ses 17 centrales nucléaires et ainsi remplacer plus de 60 TWh par des énergies propres. Cet objectif met la barre très haut au niveau européen en termes de développement durable. Une telle ambition nécessite un investissement au niveau national pour être menée à bien. Et qu’en est-t-il de la France ? Quelles sont les mesures mises en place par ces deux pays pour inciter la population à faire des économies d’énergie ?

La comparaison de ces deux pays n’est pas évidente à la vue de leur situation respective et des dispositifs différents mis en oeuvre. Ainsi, cet article nous permettra d’exposer les efforts développés par ces deux pays pour inciter la population à réaliser des économies d’énergie.

Les dispositifs de la « Energiewende », transition énergétique allemande

L’Allemagne a mis en place plusieurs dispositifs pour mener à bien son projet de 2022. En effet, le pays a connu une fulgurante expansion de ses énergies renouvelables qui fourniraient près de 25% de l’électricité allemande. A travers la loi Erneuerbare-Energien-Gesetzt (EEG), concernant les énergies renouvelables, l’EEG-Umlage a été instaurée. Il s’agit d’une taxe sur l’énergie qui s’ajoute à la facture d’électricité des Allemands permettant de développer le parc d’énergies renouvelables du pays (panneaux solaires, éoliennes…).

Cependant, l’Allemagne a su également mettre en place des mesures incitant les ménages à faire des économies d’énergie. Elle a, en effet, instauré un système de prêts réservés aux Allemands désirant faire des économies d’énergie. Le Kfw, institution de crédit pour la reconstruction, réserve 50 % de ses fonds pour financer ces prêts. Ces crédits sont accessibles à tous (collectivités, ménages, entreprises…) et sont accordés par les grandes banques du pays. Il est possible d’emprunter jusqu’à 75.000 euros et le taux d’intérêt varie selon l’emprunteur et son projet. En outre, plus le projet sera ambitieux au niveau écologique et plus le taux sera intéressant. Des experts thermiciens se chargent de vérifier, en amont, la faisabilité du projet et, en aval, les résultats. Grâce à ce dispositif, de plus en plus d’Allemands investissent dans l’énergie solaire. Cela leur permet de bénéficier d’une énergie qui oscille autour de 15 et 18 centimes le kilowattheure contre 25 centimes pour l’électricité classique. En revanche, ce dispositif n’est pas accessible aux ménages les plus modestes du fait des critères de solvabilité.

Par ailleurs, l’EEG-Umlage (taxe sur l’électricité) ne concerne pas tout le monde. En effet, le gouvernement, pour protéger l’industrie allemande, a exempté de la taxe plus de 17.000 grandes entreprises, ce qui représente plus de 48 % de l’énergie consommée du pays. Les ménages et les PME ont donc le sentiment de payer seuls la transition énergétique du pays. Selon la Fédération des chambres de commerce et d’industrie, plus d’une entreprise sur quatre pense à délocaliser ses sites de production en raison du prix de l’électricité (25 cts/kWh en Allemagne contre 14 cts/kWh en France).

Les économies d’énergie en France

La France est tout aussi soucieuse de l’environnement : elle incite donc les Français à faire des économies d’énergie de par différents dispositifs. Il s’agit essentiellement d’aides financières.

Pour financer ces dispositifs, l’Etat a mis en place un système de certificats d’économies d’énergie (CEE) qui impose aux vendeurs et distributeurs d’énergie, appelés les obligés, d’effectuer des économies d’énergie ou, à défaut, de payer une amende forfaitaire à l’Etat (0.02 cts par kWh manquant). La France a également mis en oeuvre un système de prêt bancaire, l’Eco-prêt à taux zéro (Eco-PTZ). Tout comme son cousin allemand, il consiste à prêter de l’argent aux particuliers pour leur permettre de financer leurs travaux de rénovation énergétique. La seule différence est, comme son nom l’indique, que ce prêt n’a pas de taux d’intérêt.

Cependant, la première source de financement des travaux d’économies d’énergie pour les ménages français reste le crédit d’impôt développement durable. Cet avantage fiscal, recalculé chaque année, permet de réduire significativement les dépenses liées à la rénovation énergétique. Il fait référence à une réduction d’impôt sur le revenu, les non-imposables peuvent également en bénéficier ce qui donne lieu à un remboursement. Attention, il y a tout de même certaines conditions à respecter pour profiter de cet avantage fiscal. Ainsi, il est impératif d’effectuer ses travaux par un professionnel et de choisir des produits éligibles.

D’autres aides nationales existent pour inciter les ménages à effectuer des économies d’énergie. Parmi elles, l’Anah (Agence Nationale de l’Amélioration de l’Habitat) qui a pour objectif de lutter contre la précarité énergétique en aidant les plus modestes à réduire leurs factures d’énergie. L’agence s’engage à prendre une partie des travaux à sa charge, une somme qui peut monter jusqu’à 20.000 €.

A travers ces actions, on s’aperçoit que l’Allemagne et la France ont bien pris conscience que le respect et la protection de l’environnement sont l’affaire de tous. Des efforts sont encore à produire pour pouvoir à terme n’avoir recours que’à des énergies renouvelables.

On en parle dans cet article

Les énergies de chauffage

Il existe différentes énergies qui permettent d’alimenter un système de chauffage : le fioul, le gaz, le bois, les énergies renouvelables etc.

Vos réactions

10 Jan

Toujours la même erreur grossière à propos des renouvelables : à l’exception notable de l’énergie hydraulique, qui plafonne à 10-15% de la production totale depuis que la plupart des sites potentiels sont exploités, les énergies renouvelables sont intermittentes. Avec le photovoltaïque et l’éolien qui sont les sources principales, il n’est pas techniquement possible de produire plus de 30% du mix énergétique sans mettre en danger la stabilité du réseau.
La seule solution pour aller au-delà, mais ce n’est pas pour demain ni après-demain, ce serait de trouver des procédés de stockage massif de l’électricité, qui se chargeraient lors de périodes de météo favorable pour pouvoir restituer l’énergie stockée dans les autres périodes.
Donc, pour plusieurs décennies au moins, il est illusoire d’évoquer un mix avec 100% de renouvelable. C’est un discours politique, mais basé sur de l’utopie et non sur des bases scientifiques solides.

alain38
31 Mar

@Alain38 : Personne n’évoque les 100% de renouvelables pour demain matin, car c’est en effet une asymptote qui prendra beaucoup de temps. Vous parlez du stockage, mais on peut évoquer aussi la transformation en hydrogène, les mécanismes d’effacement et la réflexion actuelle sur la mise en place progressive de « smart grids », qui devraient permettre d’absorber des taux de renouvelables de plus de 30%. Il reste cependant beaucoup à inventer. Loin d’une utopie, la transition énergétique est une bonne question de notre temps pour préparer, au-delà des combustibles fossiles amenés à se raréfier, un futur plus soutenable.

Mathilde Chevallier
28 Juil

Tout le monde est concerné par la consommation d’énergie, il est donc nécessaire d’inciter la population à revoir son mode de consommation d’énergie !

Franck
30 Juil

@Franck : Oui, l’incitation et la sensibilisation sont très importantes dans la prise de conscience.

Mathilde Chevallier
24 Fév

Je viens de comparer les performances de la France et de l’Allemagne sur le sujet. Absolument pas d’accord lorsque je vois que le France aurait un fonctionnement quasi-identique à celui de l’Allemagne. Cela ne peut éventuellement se comparer que pour les soi-disant aides visant aux économies du fait d’améliorations de l’habitat (ANAH). Elles ne concernent en fait que peu de monde pour être vraiment rentables car il y a des conditions de ressources. En outre la France ne prend pas (ou si peu) de dispositions en matière d’énergie renouvelable et c’est bien là tout ce qui nous différencie. Lors d’un récent voyage en Allemagne j’ai été frappée par la différence de lumière sur chacun de ces pays : lumière partout en Allemagne. Nuit noire dès le passage en France. Un tout autre univers. La gestion de ces deux pays ne se compare pas. Tant que la France n’aura pas calqué sa politique dans ce domaine précis sur les pays scandinaves ou l’Allemagne nous ne serons que des parents pauvres. Il devient urgent de développer de nouveaux fonctionnements qui ne peut partir que d’un changement de mentalités.

GIRARD Catherine