La marée noire permanente du Nigéria

pipelineGrâce à plus de 600 champs pétrolifères, le delta du Niger Nigéria a propulsé le Nigeria au rang de premier producteur pétrolier africain. Il fournit ainsi 40 % du total des importations américaines de pétrole brut. Mais cela fait près de cinquante ans que, dans l’indifférence générale, un flot continu de pétrole brut se déverse chaque jour dans le delta du Niger, polluant l’eau, les forêts et les terres agricoles de toute la région et ruinant ses 31 millions d’habitants. La quantité de pétrole dans la mer dépasse de loin celle déversée dans le Golfe du Mexique suite à l’explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon de BP en avril 2010. Or, face à la surmédiatisation de la catastrophe du Golfe du Mexique, personne ne semble se préoccuper de celle que connaît le Nigéria.

Une catastrophe écologique

Chaque année, une quantité astronomique de pétrole s’échappe des terminaux, des oléoducs, des stations de pompage et des plates-formes pétrolières. Celle-ci est d’ailleurs impossible à mesurer précisément puisque les pétroliers et le gouvernement s’assurent qu’aucune information ne filtre. La dernière marée noire importante date du 1er mai 2010 : un oléoduc du groupe ExxonMobil s’est rompu dans l’Etat d’Akwa Ibom, répandant ainsi 4 millions de litres de pétrole brut dans le delta pendant une semaine avant que la brèche ne soit colmatée. Nnimo Bassey, responsable au Nigeria de l’organisation écologiste Friends of the Earth International s’indigne qu’au Nigéria « l’Etat et les pétroliers en sont arrivés à considérer un niveau extraordinairement élevé de pollution comme la norme. Ici, les groupes pétroliers se considèrent au-dessus des lois et représentent un danger manifeste pour la planète. »

La responsabilité des compagnies pétrolières

Les villageois, qui ont subi dix marées noires en deux ans, ont tout perdu : filets, cabanes, casiers de pêche… Les puits d’eau potable sont aussi pollués. « Les habitants sont contraints de se laver, de boire et de cuisiner avec des eaux polluées. Ils mangent du poisson -s’ils ont la chance d’en trouver encore- contaminé par les hydrocarbures et d’autres toxines. Leurs terres agricoles sont détruites », explique l’ONG Amnesty International. Selon les habitants, la compagnie pétrolière Shell, qui exploite la plupart des sites touchés par les marées noires, a été prévenue dès les premiers jours de la fuite du 1er mai 2010, mais n’a rien fait pendant des mois. Les autorités nigérianes ont recensé plus de 7 000 marées noires entre 1970 et 2000, et 2 000 grands sites de pollution. Elles réclament ainsi 1 milliard de dollars d’indemnités pour les maladies contractées et la perte des moyens de subsistance de la population. Plus d’un millier de procès ont été intentés rien que contre Shell. Le Géant du pétrole se défend en arguant que la quasi-totalité des marées noires a été provoquée par des saboteurs, et notamment les rebelles du Mouvement d’émancipation du delta du Niger (Mend), la plus organisée et la plus puissante des milices qui menace régulièrement Shell et le gouvernement. Nnimo Bassey réplique que ces actes de sabotage ne représenteraient en fait que 15 % des cas !

Ce n’est pas la première fois que Shell est mis en cause dans une catastrophe de marée noire. Récemment, en Mer du Nord, une fuite de pétrole a été constatée le 10 août 2011 suite à la rupture de l’oléoduc Gannet Alpha situé à 180 kilomètres de l’Ecosse. Environ 218 tonnes de pétrole se seraient écoulées dans la Mer du Nord. Cependant, contrairement à la marée noire du delta du Niger, Shell a tout de suite réagi et a annoncé avoir colmaté la fuite.

Cette affaire de marée noire illustre une nouvelle fois un paradoxe fréquent que l’on peut trouver dans d’autres cas de figure en Afrique, celui de la complicité active ou passive entre les entreprises qui viennent exploiter les ressources naturelles du pays et les autorités locales. Il est d’ailleurs possible d’établir un parallèle avec l’exploitation de diamants ou d’uranium. Finalement, c’est aux gouvernements de faire leur choix : privilégier toujours plus de profit en accordant des concessions aux exploitants ou assurer l’avenir de leur population et de la biodiversité de leur région ?

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