[Interview] ENERFIP : le financement participatif des Énergies Renouvelables

Financement des EnR

ENERFIP, plateforme de financement participatif des Energies Renouvelables (EnR) créée en septembre 2014, propose aux citoyens de participer à la Transition Energétique en investissant leur épargne dans des projets novateurs.

Léo Lemordant (LL), président et co-fondateur d’ENERFIP, répond aux questions de Quelle Energie (QE).

QE : Qu’est-ce qui vous différencie des autres plateformes de financement participatif ?

Logo ENERFIPLL : ENERFIP a une approche assez atypique. En effet, les fondateurs d’ENERFIP ont un parcours de développement de projet d’énergie renouvelable. Nous sommes avant tout des professionnels du secteur. Cela donne à ENERFIP une identité et une expertise originale dans le secteur du financement participatif. Nous avons été confrontés nous-mêmes aux problèmes que rencontrent les porteurs de projet, et avons conçu notre plateforme comme une réponse sur-mesure à ces problématiques. Nous avons également une grande expérience des problématiques de concertation et d’inclusion des territoires, et ENERFIP répond également à cet enjeu. Notre approche est plébiscité aussi bien des porteurs de projets (nous avons remporté tous les appels à candidature auxquels nous avons participé), que des citoyens (nous enregistrons depuis plusieurs mois une croissance de notre communauté d’épargnants de plus de 20% par mois !).


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QE : Comment définiriez-vous le rôle des plateformes de financement participatif des EnR dans la transition énergétique ?

LL : Sur le plan financier, la participation des plateformes de financement participatif ne représente encore qu’une goutte d’eau par rapport aux milliards d’euros nécessaires à l’atteinte des objectifs annuels du gouvernement. Mais la croissance de notre niche est bien supérieure au reste du marché du financement participatif. D’ici 5 ans, on peut s’attendre à ce que la part du financement participatif dans les énergies renouvelables devienne non négligeable.

La croissance du financement participatif des EnR repose sur des différences fondamentales avec celui des PME ou de l’immobilier :

  • Simplification par rapport au financement participatif des PME : une fois que l’on a compris le principe d’un plan d’affaires d’un projet solaire ou éolien, il n’est pas nécessaire de refaire ce travail de compréhension et d’appréciation pour chaque projet. Au contraire, sur les plateformes de financement participatif des PME, ce travail d’analyse doit être répété à chaque fois car chaque PME a une activité différente d’une autre.

  • Les risques financiers sont réduits : il s’agit d’investissements dans des actifs tangibles. Et contrairement à l’immobilier où le promoteur doit trouver des acheteurs, il n’y a pas d’aléas sur la vente de l’électricité et les revenus sont prévisibles sur le long terme.

Nous sommes donc confiants que la maturité de notre niche sera atteinte bien après celle du reste du secteur.

QE : La législation actuelle appuie-t-elle suffisamment le développement des plateformes de financement des EnR ?

LégislationLL : Les législateurs sont assez volontaristes sur le développement du financement participatif des EnR. La loi Transition Energétique a mis en valeur le financement participatif. Il s’agit d’une étape importante qui s’est traduite par la publication d’appels d’offres de la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) encourageant le financement participatif grâce à un bonus tarifaire pour les candidats remplissant ce critère de financement. Les premiers résultats de l’appel d’offre CRE 4 publiés en mars 2017, qui attribue un bonus de 3€/MWh si le projet prévoit un financement participatif, affichent 60% de projets lauréats avec un plan financement incluant le participatif.

Les porteurs de projet, attirés par le bonus, comprendront les autres avantages et bénéfices du participatif, et il ne fait aucun doute que cette pratique se généralisera même sans incitation tarifaire. C’est donc le tout début de l’aventure.

QE : Quelles sont les attentes des investisseurs d’ENERFIP ?

LL : La dimension pédagogique a été au cœur des objectifs d’ENERFIP dès sa création. Le financement participatif est un moyen formidable d’inciter les gens à venir s’informer sur les énergies renouvelables et la transition énergétique, et à poser des questions à des experts. Nos réunions d’informations sont le lieu de questions aussi bien techniques que philosophiques. Nous avons l’occasion de répondre aux préjugés et de convaincre le public de la nécessité du changement.

Nous constatons une véritable synergie entre les citoyens et les porteurs de projet. Le projet éolien Planèze de CNR (Compagnie Nationale du Rhône) en est un parfait exemple. CNR est le premier producteur d’énergie 100% renouvelable de France, une filiale d’ENGIE. Ils n’ont aucune difficulté à se financer. Mais dans une démarche volontariste, ils souhaitent inclure les populations directement impactées par le projet. Et ça marche ! La collecte, réservée aux riverains de 13 communes d’Ardèche, a été un succès inattendu : 200 000€ en 30h !

Ce modèle fonctionne car il bénéficie à toutes les parties : aux développeurs de projet, au législateur, aux citoyens.

QE : Les motivations des investisseurs sont-elles avant tout financières ou écologiques ?

LL : Une majorité de d’épargnants ont avant tout des motivations d’ordre écologique. L’attrait financier fait bien sûr partie des motivations, mais c’est loin d’être la principale. Une motivation importante est la reprise en main de leur épargne. Les citoyens en ont marre de placer leur épargne dans des produits d’épargne opaque. Sur ENERFIP, les citoyens savent à quoi leur argent sert, il y a une véritable traçabilité de leur épargne.

ENERFIP permet de résoudre le dilemme entre rémunération attractive et utilité sociale et locale de son épargne.

Statistiques ENERFIP
Statistiques ENERFIP – Mars 2017

QE : Quelles propositions seraient intéressantes pour faciliter le développement de plateformes comme la vôtre ?

LL : Dans le secteur de l’électricité issue des énergies renouvelables, il ne serait pas forcément pertinent de faire plus pour l’instant. On voit que les derniers projets solaires proposent aujourd’hui, en France, une électricité à en moyenne 62€/MWh, deux fois moins chère que celle de la centrale nucléaire de Flamanville qui accumule dépassement de budgets, retards et problème techniques ! Récemment, un grand pas juridique a également été franchi pour le développement de l’autoconsommation solaire. Un élément cependant : éviter les contraintes législatives qui pourraient limiter le développement des projets notamment dans l’éolien terrestre.

Mon avis est que l’Etat devrait orienter les investissements vers l’efficacité énergétique et la méthanisation, deux filières ou le subventionnement est inévitable et très bénéfique en termes d’externalités. Nous plaçons quelques espoirs dans la filière des énergies marines, soutenue à raison par l’Etat, mais qui reste à ce jour encore un pari sur l’avenir.

Concernant le financement participatif, l’enjeu est la démocratisation et la diffusion massive de cette solution. Déjà plus de 2 millions de Français ont participé à une campagne. Il faudrait multiplier ce chiffre par 10 ! A nous de rassurer les gens sur la qualité du travail fait par les plateformes et convaincre encore d’avantage de porteurs de projet.

Le saviez-vous ?

 

Les panneaux photovoltaïques peuvent servir à l’autoconsommation autant qu’à la revente d’électricité. Les revenus des particuliers revendant la totalité de leur énergie solaire peuvent s’élever jusqu’à 2 300€/an. Quelle Énergie vous conseille dans vos projets d’installation solaire et met à votre disposition un simulateur pour estimer vos économies d’énergie.

 

QE : A quoi ressemble le développement idéal d’ENERFIP ?

LL : A termes, nous voulons faire d’ENERFIP un outil d’épargne classique pour les Français, et que placer son épargne sur des projets de la transition énergétique devienne un réflexe.

En termes de secteur, nous ne souhaitons pas nous limiter à électricité verte, et aimerions développer le financement de l’innovation dans la transition énergétique, ainsi que celui de l’efficacité énergétique ou encore les nouvelles mobilités.

Vos réactions

16 Avr

utiliser l’épargne des français pour investir dans les ENR est une bonne chose. J’ai néanmoins un petit bémol à mentionner. Quand je vois les taux de rentabilité affichés (entre 5 et 8%), je ne peux pas m’empêcher de me demander qui au bout du compte paye? Certainement le contribuable au travers le prix de rachat de l’électricité qui profite donc aux investisseurs, ceux qui ont de l’épargne à faire fructifier. Je suis pour le financement participatif citoyen. Mais pas avec de tels rendements. Une fois de plus certains ont trouvé la poule aux oeufs d’or grâce à la transition énergétique et profiter du mouvement pour s’enrichir. Même les causes le plus nobles sont détournées au profit du busisness. Regardez Energie Partagée, il ne propose pas de tel taux de rendement, je pense que leur cause est bien plus éthique. Aujourd’hui dans une France où le taux de croissance est de 1 %, gagner de l’argent grâce à son capital à des taux de 5 à 8 % est tout simplement indécent. N’oubliez pas que pour que ça marche, il y a des dindons de la farce !

Talaron



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